Moi, ce que j’aime, c’est les monstres

Titre : Moi, ce que j’aime, c’est les monstres

Autrice : Emil Ferris

Édition : Monsieur Toussaint Louverture

Titre original : My Favorite Thing is Monsters

Traducteur : Jean-Charles Khalifa

Parution : Le 23 août 2018

Nombre de pages : 416

Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, adore les fantômes, les vampires et autres morts-vivants. Elle s’imagine même être un loup-garou: plus facile, ici, d’être un monstre que d’être une femme. Le jour de la Saint-Valentin, sa voisine, la belle Anka Silverberg, se suicide d’une balle en plein cœur. Mais Karen n’y croit pas et décide d’élucider ce mystère. Elle va vite découvrir qu’entre le passé d’Anka dans l’Allemagne nazie, son propre quartier prêt à s’embraser et les secrets tapis dans l’ombre de son quotidien, les monstres, bons ou mauvais, sont des êtres comme les autres, ambigus, torturés et fascinants.

Journal intime d’une artiste prodige, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres est un kaléidoscope brillant d’énergie et d’émotions, l’histoire magnifiquement contée d’une fascinante enfant. Dans cette œuvre magistrale, tout à la fois enquête, drame familial et témoignage historique, Emil Ferris tisse un lien infiniment personnel entre un expressionnisme féroce, les hachures d’un Crumb et l’univers de Maurice Sendak.

À travers ce livre, Emil Ferris tisse de courage, de force, de résilience, l’étendard de ceux qui survivent, de ceux qui se relèvent et ne veulent plus se taire. Et si ce n’est pas œuvre autobiographique tout y est néanmoins vrai. La clé de ce projet est la différence, et Emil Ferris l’a écrit pour les minorités, l’a dessinée pour la liberté d’être ce que l’on veut, humainement et intimement, et l’a porté envers et contre tout pour le droit d’être la femme que l’on veut. Et c’est pour ça que Moi, ce que j’aime, c’est les monstres nous frappe si fort aujourd’hui, car il s’adresse à nous, à nos problèmes, à notre monde.

Cela faisait longtemps que je devais lire ce roman graphique. J’ai découvert Emil Ferris et son œuvre lors du passage de l’autrice dans La Grande Librairie en 2019 et depuis le livre attendait sagement dans ma PAL. J’ai donc profité du #lemoisamericain de cette année pour le lire.

Bien m’en a pris, j’ai passé un excellent moment de lecture. Tout d’abord, il faut dire que l’objet est juste magnifique, entre la qualité du papier et de l’impression par les éditions Monsieur Toussaint Louverture, et par le talent de dessinatrice d’Emil Ferris, tout est réussi. Se dire qu’Emil Ferris a tout dessiné au stylo bille, c’est juste dingue, et en plus quand l’on sait d’où elle revient, on ne peut qu’être admiratif. Voici donc un roman graphique de très haute qualité. Il s’agit d’une véritable expérience de lecture.

Donc les dessins, au stylo bille, sont splendides, on alterne entre du noir et blanc et de la couleur , ce qui donne j’ai trouvé du rythme. Les couleurs sont parfaitement choisies et nous incluent dans le décor et dans cette histoire, ou devrais-je dire ces histoires (nous y reviendrons juste après). J’ai beaucoup aimé la manière qu’a eu Emil Ferris pour disperser le texte de son roman graphique, il y en a un peu dans tous les sens, cela change et vient dépoussiérer un peu les bandes dessinées classiques. J’ai également aimé l’alternance entre les doubles pages, les pages couvertures de magasines ou encore les représentations de tableaux. Impossible de s’ennuyer à la lecture de ce livre.

Quant à l’histoire, j’y ai trouvé beaucoup d’originalité, une gamine solitaire qui se refuge dans une sorte de monde imaginaire en se faisant passer pour un monstre, c’est pas commun, il faut le souligner. J’ai par contre eu peur à un moment et me suis senti un peu pris au piège quand la seconde guerre a fait son apparition et que les camps ont été évoqués, comme certain le savent, j’ai un gros blocage sur cette période, cela aurait pu être une raison pour abandonner. Je ne sais pas, mais la manière dont cela est tourné et dessiné m’a permis de continuer sans avoir trop de mal. Au final, il y a plusieurs histoires dans l’histoire, on parle de solitude, d’acceptation de soi et des autres, de racisme, de haine … C’est également une bonne vision de ce qu’est et de ce qu’a été l’Amérique Contemporaine.

Voilà donc pour moi une très belle lecture, dans un style qui ne m’est pas familier, mais de temps en temps sortir de sa zone de confort ne fait pas de mal.

Ma note : 09 / 10

Chronique initialement parue le 29 septembre 2021


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